Les femmes et la retraite

 

Les femmes et la retraite : peut mieux faire !

En plus d’être discriminées au niveau des salaires, les femmes subissent également une situation extrêmement défavorable en matière de retraite. Etat des lieux.

La Banque mondiale a publié cette année une étude sur les discriminations légales à l’égard des femmes. La Suisse se place au 70e rang des 189 pays analysés et 32e des pays de l’OCDE… La raison de ce classement médiocre ? Sa législation sur la protection de la maternité et sur le régime de retraite.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes…

En Suisse, l’âge de la retraite est fixé à 64 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes. Cette année manquante a forcément un impact sur la constitution du capital retraite des femmes. Néanmoins, elle n’explique pas à elle seule l’inégalité des rentes entre les 2 sexes.
 
Le manque à gagner pour les femmes provient principalement du 2ème pilier. Il reflète le montant des revenus perçus au cours de la vie professionnelle. Au niveau des rentes AVS, 54 % sont perçues par les femmes contre 46 % par les hommes. En revanche, les rentes versées aux femmes au titre du 2ème pilier ne représentent que la moitié de celles versées aux hommes. Ces derniers touchent en moyenne 35 917 Fr. alors que les femmes ne gagnent que CHF 18'627. Rappelons que 62 % des femmes ont un 2ème pilier contre 87 % d'hommes.
 
Selon le site Domaine Public, « pour la génération de femmes qui ont pris leur retraite en 2016, le manque à gagner s’élève à plus de 700 millions de francs. Pour l’ensemble des femmes en âge de toucher une rente, le manque à gagner atteint une somme astronomique que l’on peut évaluer à quelque 20 milliards de francs par an ».
 

La quadruple peine

Le départ à la retraite sonne pour les femmes comme l’exacerbation de toutes les discriminations qu’elles ont subies pendant leur période d’activité :
  • L’inégalité salariale : selon l’OFS, en 2016, les femmes du secteur privé gagnaient 19,6% de moins que les hommes. Un écart qui s’est creusé depuis 2015.
  • L’accès aux postes les moins bien payés : en 2016, plus de 60% des postes du secteur privé pour lesquels le salaire brut à plein temps était inférieur à 4’000 francs par mois étaient occupés par des femmes. Seules 18 % de femmes bénéficient d’un salaire supérieur à CHF 16'000 , sachant qu’à ce niveau les écarts salariaux sont les plus marqués, jusqu’à plus de 30 % de différence.
  • Une sur-représentation des femmes dans les postes à temps partiel : les trois quarts de ces emplois sont occupés par des femmes. CDD, horaires décalés et variables, etc., les femmes connaissent une plus grande précarité face à l’emploi.
  • Des interruptions de cotisation dans les carrières professionnelles plus fréquentes pour les femmes, en particulier dues à la maternité. En moyenne, les femmes restent 5,4 ans sans travailler après l’accouchement. Même en augmentant par la suite le taux d’activité professionnel, l’écart de cotisations ne peut pas être comblé.
Lors d’un divorce, la question de la retraite devient souvent un sujet de préoccupation. Le nouveau droit matrimonial leur fait bénéficier d’un partage équitable de la prévoyance. Cependant, la femme divorcée perçoit souvent une rente moins élevée au titre des 1er et 2ème piliers que si elle était restée mariée. Quant aux femmes non mariées avec des enfants et travaillant à temps partiel, elles sont particulièrement impactées lors d’une séparation. Les avoirs du deuxième pilier accumulés durant la période de vie commune ne sont en effet pas répartis équitablement au moment de la séparation.

Quelles solutions ?

Il nous faut adapter notre système de prévoyance pour amortir l’explosion des dépenses liée à l’arrivée des babyboomers à l’âge de la retraite. Du côté des caisses de pension, baisser l’âge d’affiliation (aujourd’hui obligatoire à partir de 25 ans) et assurer le salaire dès la 1ère année de travail permettrait aux assurés, hommes comme femmes, de bénéficier d’un capital de prévoyance plus important et de rentes plus élevées. Du côté du 3ème pilier, des solutions pour permettre un accès facilité au 3A pourraient également être envisagées, telles que déplafonner ou autoriser les achats... mais encore faudrait-il en avoir les moyens.
 
Plus fondamentalement, il nous faut repenser le modèle de la famille et du travail : aller vers un partage plus équitable des congés entre conjoints à la suite des naissances, augmenter sensiblement les places de garde d’enfants tout en baissant les frais, réaménager le temps de travail en le rendant plus flexible… autant de voies qui pourront améliorer le sort des femmes pendant leur vie professionnelle et à la retraite. Et, finalement, qui seront un gain pour la société.